Une diligence se dirigeait vers Los Angeles. Trois personnes y faisaient voyage :
Don Diego de la Vega, fils d'un riche propriétaire terrien. A son côté, un homme à la mine sévère assis en face d'une jeune femme qui semblait avoir pour nom Maria.
Ces derniers discutaient.
- Avez-vous entendu les dernières nouvelles, Alberto? Il paraît qu'à Los Angeles, un nouveau commandant a été mis en place depuis environ quatre mois. Un vrai tyran, m'a t'on dit. C'est pour cela que mon oncle aurait préféré que je reste en Espagne.
- Oui, Maria, j'en ai entendu parler; répondit simplement l'homme.
Les deux personnes ne semblaient point faire attention à Diego. Ce dernier les écoutait attentivement. il était vrai que son père lui avait écrit à propos de ce nouveau commandant.
Finalement, il osa prendre la parole:
- J'en ai aussi entendu parler. Comment s'appelle ce commandant? Son nom m'est sorti de l'esprit.
La femme le regarda un instant, puis répondit sèchement:
- Il me semble que c'est le commandant Cerelo.
- Maria, je me permets de vous faire remarquer que vous vous êtes trompée, c'est le commandant Cerezo et non pas Cerelo.
- Cela n'a pas d'importance, dit la jeune femme.
Puis, elle se tourna vers Don Diego et lui demanda:
- A qui avons-nous l'honneur?
- Excusez mon impolitesse, je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Diego de la Vega.
Elle parut surprise:
- De la Vega! Je connais ce nom. Mon oncle a souvent fait affaire avec votre père, Don Alejandro.
- C'est possible, fit simplement Diego.
La jeune femme continua:
- Je suis Maria De Vargas, je vais rejoindre mon oncle, Arturo De Vargas dans son hacienda, à la sortie de Los Angeles. Et voici mon ami, Alberto Rodriguez, qui vient pour affaires.
- Enchanté, répondit Diego.
Malgré la longueur du trajet, le voyage continua en silence.
Ils arrivèrent à Los Angeles. Alors qu'ils descendaient de la voiture, une grosse voix retentit.
- Don Diego de la Vega!
C'était le sergent Gracia. L'Homme au corps robuste s'approcha.
- Je vous ai reconnu mon bon ami, combien de temps êtes-vous resté en Espagne.
- Trois ans, dit le jeune homme laissant paraître un sourire.
- Que le temps passe vite. Je vous revois enfant..., dit le sergent. Un signe de nostalgie apparut sur son visage.
Le sergent alla ensuite rejoindre les autres voyageurs. Il prit un air grave.
- Il faut que je fouille vos bagages, sur ordre du comandant!
- Faîtes-donc, s'enquit Diego, c'est votre travail.
Le jeune homme réfléchit un instant. Si le commandant était aussi terrible qu'on le disait, il fallait s'en méfier. Il ne fallait pas qu'il sache que Diego était une fine lame. C'est pourquoi, Diego se félicita intérieurement de ne pas 'avoir emmené son épée. Quel n'aurait été le malheur si, en fouillant ses affaires, les soldats avaient découvert cette arme ! En Espagne, le jeune homme avait appris qu'il ne fallait jamais dévoiler ce dont on était capable avant de bien connaître l'ennemi. Et, il savait que le commandant Cerezo serait un ennemi.
Au signe de toute cette agitation, le commandant sortit de la caserne et vint personnellement accueillir les nouveaux venus. A ce moment même, l'on fit apporter un prisonnier, condamné au carcan, sur la place publique.
-Mon oncle, s'écria Maria à la vue du pauvre homme.
Elle le rejoint rapidement. Celui-ci avait les mains liées derrière le dos. Il la reconnut :
-Maria, mon enfant... dit-il.
- De quoi vous accuse - t'on, mon oncle ?
- De traitrise, répondit le comandant. Cet homme a trahi l'Espagne. Il n'y a qu'un seul châtiment : la mort.
Don Diego intervint :
- Mais, avez- vous fait un procès en bonne et due forme, pour condamner cet homme au carcan.
- Ce n'est pas votre problème, répondit le commandant, visiblement facilement irascible.
Le sergent Gracia, pour calmer le jeu, s'enquit de présenter les arrivants.
Maria ne daigna même pas regarder Cerezo, et dit :
- Je vous ordonne de libérer mon oncle sur le champ !
- Je n'ai pas d'ordres à recevoir d'une jeune femme de votre genre, surtout pas de la nièce d'un traître ! Arturo De Vargas est condamné au carcan, et ce n'est pas vous qui allez y changer quelque chose !
Le commandant rentra dans la caserne, furieux, sans saluer qui que ce soit.
De retour à son hacienda, Diego aperçut son père :
- Mon père !
- Mon fils ! Que je suis heureux de te revoir ! Tu as fait bon voyage ?
- Oui, tout s'est très bien passé.
- Parfait. Viens dans le salon. Ah oui, tu verras, j'ai laissé ta chambre exactement comme elle était à ton départ.
Les deux Hommes s'installèrent dans le salon. Là, Diego retrouva son ami et serviteur, Bernardo. Ce dernier vint le saluer les larmes aux yeux.
Bernardo était muet et n'avait qu'une année de plus que Diego. Ils s'étaient liés d'amitié dans leur enfance. Diego, ni personne n'avait jamais su la cause de l'absence de paroles chez Bernardo. Lorsqu'il était enfant, il parlait, il parlait beaucoup, pour ne pas dire jacassait sans cesse. Personne ne lui en a jamais demandé la raison, ou plutôt si, tout le monde lui a demandé, mais celui-ci n'a jamais rien répondu.
Les retrouvailles furent très heureuses.
Puis, Don Alejandro prit un air grave :
- Les choses qui se passent ici sont terribles, mon fils ! Tu as lu ma lettre.
Diego répondit affirmativement par un signe de tête. Il raconta à son père ce qu'il avait vu sur la place publique.
- Je sais, fit son père, le commandant a arrêté Don Arturo De Vargas pour traîtrise, mais il est innocent. Cerezo convoite sa richesse et son ranch. Il veut en faire sa propriété privée.
Il se tut un instant.
- Diego, il faut agir ! Ce n'est pas la première personne que Cerezo arrête sans raison !
Le jeune homme réfléchit et répondit :
- Vous avez raison, père. Je m'en vais de ce pas écrire une lettre au gouverneur !
- Comment ? Nous sommes en situation de crise, et tu ne penses qu'à écrire des lettres ?
- Mais, que voulez-vous faire d'autre, père ?
- Prendre les armes, attaquer de front !
- La violence n'est jamais une solution.
Don Alejandro regarda son fils dans les yeux :
- Tu me déçois Diego... J'attendais impatiemment ton retour d'Espagne... Malheureusement, ce n'est pas mon fils que je retrouve aujourd'hui...
Diego baissa la tête, un pincement au c½ur.
Don Alejandro sortit de la pièce.
Bernardo posa sa main amicalement sur l'épaule de Diego, ésperant le consoler.
Le jeune De la Vega, monta dans sa chambre, suivi par son ami. Là, il s'écria :
- Je ne voulais pas que mon père sache la vérité, même lui pourrait contrecarré mes plans ! Bernardo rapporte moi ton épée.
Celui-ci s'exécuta aussitôt.
Diego se saisit de l'épée et la brondit.
- Nous allons travailler dans l'ombre, Bernardo ! C'est le seul moyen pour que l'on ne se doute de rien. Si je me bats à visage découvert tout est perdu ! Le commandant Cerezo n'aura aucune difficulté à nous mettre au cachot, moi et mon père.
Il prit un air solennel :
- Cette nuit, je serais Zorro !
Puis, à l'aide de son épée, il traça un Z sur un bout de papier qu'il ramassa et jeta au feu de la cheminée.